Maia Stefana Oprea

Comment prendre possession de l’espace et de quelle façon pourrait-on le faire ?

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http://www.maiaoprea.ro/fr/projets/archive/2013/gaspillage-premiere-scene

“Trans / figuration” est une sorte de mise en capsule dutemps, par la prise de conscience très aiguë de son passage, se précisant comme unelongue attente: que du nouveau soit produit à partir de ce que quotidiennement on jette, que puis j’inventorie, je stocke et je traitedans un processus que j’imagine constant et à flux continu. C’est juste en prenant conscience du temps qui coule que je prends possession de l’espace qui m’entoure, espace que je fait habiter par des résidus temporels sous différentes formes.

À la recherche d’un campus expérimental pour fabriquer des choses et pour la construction d’un cosmos intérieur 1, je propose une approche contemporaine qui pourrait correspondre au thème classique d’une nature morte telle Vanitas, thème qui a étérécupéréaujourd’hui, ayant été exploré par des symbolesplus proches à notretemps,bien que certains deceux traditionnelssoient encore en usage. Le passage d’unmillénaireà l’autreest censé d’avoir donnéun élan à cette thématique.

Mes travaux récents naissent en m’appuyant sur des idées comme le passage du temps et l’opportunité, la croissance et la décroissance, l’éthique et le commerce, la consommation et la conservation. Ma préoccupation pour l’éphémère et le pourri, qui arrivent à souligner le caractère provisoires de notre vie, de notre maison et nos biens, me mène peut-être à une vaine obsession. Même si les matériaux que j’utilise ne sont pas organiques, éphémères ou fugitives, les assemblages tridimensionnels qui se trouvent matériellement à la base de mes peintures sont également destinés à attirer l’attention sur les plaisirs éphémères de la chair et sont sujets à la décomposition inévitable de toute chose (a voir les installations jointes dans ce portefeuille). ” Trans / Figuration ” souligne un arrêt à la recherche d’une nouvelle identité, arrêt dans lequel l’unique forme de survie semble être l’internalisation et la préservation de l’expérience, des sentiments, des souvenirs, des organismes, de l’histoire.

[Description de la réalisation des objets tridimensionnels – pour éviter toute confusion , il sera question dans ce portefeuille des objets nommées: Mutants ]


L’archéologie de la poubelle


Le projet ” TRANS / FIGURATION “ est le résultat d’un système personnel qui poursuit à transformer les ordures ménagères en langage de l’abstraction. Par l’approfondissement des techniques classiques de la peinture et par l’exploitation des objets de consommation, je cherche, à la frontière du monde imperceptible, un clignotement de la vie des objets, une pulsation ou une tranquillité, une vie intermédiaire entre animal et objet, une ombre ou un réflexe, un “élément mystérieux qui est animal quelques heures de la journée est seulement par la lumière” (Odilon Redon “Journal”) .Tout a commencé par la nécessité de veiller à ce que toutes les constellations de petites choses autour de moi ne passent pas inaperçues. Les choses qui m’intéressent sont recrutés en fonction de leur capacité à être déformées, fragmentées, cassées, déployées, brisées, modifiées, pour ensuite être rassemblées, cousues, coupées, peintes à la bombe et transformées en une masse informe. Ces objets ont plusieurs caractéristiques : d’une part, ils représentent une route mnémotechnique, une jonction entre mon présent et mon passé (c’est pratiquement un journal invisible de l’année dernière, bien que beaucoup de ces objets sont plus vieux que moi), un contenant recyclable de chaque particule à avoir été trouvée dans ma maison pendant septembre 2012 – octobre 2013. Des objets de toutes formes: trouvées, éliminées, utilisées, endommagées, oubliées. Emballages, appareils électroniques, vêtements, bouteilles, boîtes, cartes postales, sacs, meubles, plastiques, cartons, feuilles, papiers, paquets de cigarettes, canettes de bière, assiettes cassées, tapis, chaussures, pantoufles, etc . Je suis particulièrement intéressée de la façon dont l’énergie intrinsèque de ces matériaux peut être traduite en des représentations visuelles . Au départ, j’avais utilisé ces objets et débris pour créer de petits arrangements, mais très vite j’ai réalisé que mon intérêt réside plutôt dans la forme des vêtements et de leurs connotations psychologiques, les vêtements usés ayant été portés par tellement de générations, souvent par d’innombrables inconnus ( certains d’entre eux qui avaient déjà acheté des vêtements de seconde main, de tiers …). Ces vêtements gardent la présence des personnes vieillies, décédées, dont la mémoire y continue à vivre. Je suis fascinée par les objets similaires obtenus, et par les différences subtiles entre plusieurs objets créés qui se trouveront après à la base de mes installations et compositions picturales et photographiques.

Après la fabrication, ces mutants continuent leurs vie commeune sorte decadavres vivants qui peuplent mon espace de location.La cohabitation avec ces mutants me conduit àdes spéculations surl’espace, le corps, la topographie, la proximité et lalogique de l’objet lui-même. Je recherche toutes les expériences tactiles possibles de ces étranges territoires, je plonge dans cette masse amorphe, je transforme les mutants en convives et acteurs pour revivre des scènes de mon propre passé, ces expériences intimes mettant leur marquesur mes futures créations.

Ma démarche semble produire quelque chose comme une statue de l’inutilité.

Mon intéret réside non pas dans les restes recueillis, ni dans les mutants obtenus, ni dans les peintures réalisées, mais dans toutes les opérations entourant cet organisme qui évolue, depuis la reconnaissance de ces objets et jusqu’a leur sélection et utilisation comme références perceptuelles. Le sens ne se trouve pas dans l’objet mais dans l’action. Dans l’effort pour acquérir un sens. Peut-être que la fin ne justifie-t-elle rien, mais l’action libère de la mort. Je pense que toute création, pour être accomplie, doit d’abord plonger dans le temps qui va la rendre parfaite. J’ai découvert – non sans plaisir – que la relation physique et émotionnelle établie entre ces pseudo-mutants et moi-même me conduit à une sorte de phénomène d’autoscopie délirante. Celle-ci m’approche de la ligne interne que je cherche dans la peinture, d’un seuil liminale qui serait aussi le but de mon processus de création.

1 Helio Oiticica

 

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Author: maiastefana

Visual Artist portfolio: www.maiaoprea.ro/en available artworks: www.maia-fine-art.com blog:http://maiastefanaoprea.wodpress.com

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